APES architectes, Lausanne

Vecteur d’interactions

Stephane Grandgirard fait partie de Laporch, que nous avons présentée dans wbw 1/2–2020 à Bussy-sur-Moudon. Il dirige également son propre bureau d'architecture Apes. Apes : comme atelier de production d’espace dont la préoccupation principale est de faire ensemble – le client, l’entreprise, l’atelier.

Quelle est ton origine ?

C’est par l’expérience propre que ça commence. En 2013, se retrouver face - face à un travail complet à accomplir et s’y plonger. Toucher de ses mains, comprendre avec son corps, appréhender et saisir les outils, les savoirs. Se retrouver architecte dans une menuiserie, dans une serrurerie. Se permettre d’être planificateur, oser la radicalité, la regarder de face et de front et s’en saisir dans la mise en œuvre de la spatialité même. Démolir pour oser la remise en question, des murs et de soi. De l’intérieur avoir compris le travail de fond qui se mène si souvent sur plusieurs fronts. Une interaction de savoirs qui sculptent l’échange.

Qu’est-ce qui compte pour toi dans la pensée et dans la conception ?

Dans le domaine de la pensée qui n’oublie pas – la notion de l’individu au sein de la constellation. Que ce soit de face ou de profil, il y a l’importance de guider, d’être ce vecteur qui offre une plateforme où grandissent les interactions. Ce n’est pas que relier, c’est faire partie de, être au cœur du développement spatial de l’objet, appréhender l’ensemble qui réunit toute cette complexité. Avoir la force de trancher, de couper, d’agir. Cette force qui se mêle à une spatialité radicale et une remise en question nécessaire. Surtout, assumer la décision jusqu’au bout. Vecteur comme une histoire qu’on peut suivre clairement. Un point de départ. Un point d’arrivée. Croire en ce récit écrit ensemble.

Et comment ces aspects s’expriment-ils concrètement dans un projet bâti ?

Poussé par le vecteur, rempli d’interactions, le spi se gonfle. La grande toile se dresse en proue. L’air qui traverse l’espace et qui l’habille du paysage.

Au début, il y avait la coque vide d’une maison des années 1970. Plan libre. Les armoires comme cloisons lorsque les portes s’ouvrent. Vue sur le lac. Carrousel des fenêtres qui s’oublient. Le projet fut mené de A à Z avec l’entreprise Stahl und Traumfabrik. Tout est sur mesure, chaque détail est réflexion, de la poignée de fenêtre à la douche, en passant par le sol. Un temps accordé aux détails, le temps du temps, celui où l’on ne fait pas que passer, où l’on reste et où l’on ressent. Fenêtres à pivot conçues en mélèze comme expression locale.

La frontière entre intérieur et extérieur se brouille, c’est une danse des ouvertures. L’espace devient vivant, se transforme et se module. Au rez, sur le versant opposé au lac, les trois fenêtres se rejoignent pour faire la jonction de l’étanchéité – défi d’affranchir cette façade de montants verticaux. De l’autre côté, on s’affranchit du seuil pour avoir des fenêtres sur toute la hauteur. La tête à l’envers il n’y a plus de sol, il n’y a plus de plafond. La maison respire traversée par le lac, puis les montagnes – les limites s’estompent.

SPI, Transformation à Spiez 2014–16

APES architectes, Lausanne

www.stephane-grandgirard.ch

SPI, Transformation à Spiez 2014–16; Maître d’ouvrage: Privé; Architectes: Stephane Grandgirard avec Andy Schrämli (Stahl und Traumfabrik) et Raffael Baur (Undend) pour l’avant projet; Réalisation: Stahl und Traumfabrik; Photographie: Joël Tettamanti; Texte: Julia Widmann

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