Une fabrique à pompiers: nouvelle caserne intercommunale des pompiers de Bernex et Confignon, bunq architectes

Marc Frochaux

Le projet est issu d’un mandat d’étude parallèle lancé en 2012 à la suite de l’association des casernes de sapeur-pompiers des communes de Bernex et de Confignon qui comptent une soixantaine de pompiers, tous volontaires. Sous ce grand abri sont réunies l’administration, les structures d’interventions (vestiaires, locaux d’équipement, halle des véhicules) et une grande cafétéria. Afin de l’insérer sur un site incliné, entre une zone villa et les hangars de la voirie, les architectes ont imaginé une succession de bandes structurelles dont la portée évolue en fonction de la largeur de la parcelle, un système qui évite de générer des espaces résiduels.

La structure des bandes, qui forment toiture et façades, est composée de poteaux RHS et de poutres triangulées en acier. Elle est contreventée latéralement et en toiture par des croix de St-André; des tirants en acier participent de ce contreventement sur la longueur du bâtiment. La halle s’appuie sur un noyau de circulation en béton armé qui assure la reprise des efforts sismiques. 

Chacune de ces bandes est encastrée dans la suivante, formant des sheds qui prodiguent une lumière généreuse dans les grands espaces, tandis que les redents générés par les retraits successifs sur le long côté de la parcelle offrent une vue intime aux locaux administratifs.

Une machine iconique

L’expression du bâtiment combine une identité domestique et industrielle: du côté village, les façades pourvues de brise-soleils en mélèze traité dialoguent avec les bâtiments environnants. En suivant l’orientation de la parcelle, le bâtiment croît et se modifie, au rythme des bandes structurelles, pour devenir, sur la route de Pré-Marchais, un bâtiment au caractère industriel qui s’accorde avec les halles de la voirie.

Les bandes ont été recouvertes de lés d’étanchéité ardoisée qui ont un impact décisif sur l’aspect du bâtiment. Cette peau souple à l’aspect bitumineux, de couleur noire anthracite, luisante par temps humide, évoque toutes sortes de matériaux de l’équipement des pompiers, de la combinaison anti-feu au tuyau de la lance.

Quant aux occupants, ils perçoivent une analogie que les architectes n’imaginaient pas: là où nous voyons une fabrique, les pompiers distinguent dans la silhouette de la halle un rideau de flammes serrées, dont ils songent déjà à faire leur blason.

Une fabrique à pompiers

Le bâtiment s’assimile à une fabrique destinée à accompagner le processus de  transformation d’un individu civil en un pompier volontaire. C’est en effet le cheminement de l’intervention d’urgence qui a déterminé le projet, qui se lit en coupe: après un appel, les volontaires garent leur véhicule au sommet de la parcelle et gagnent l’étage supérieur où ils reçoivent l’ordre de mission de la salle de conduite. Ce local de pilotage réunit les tableaux de bord, il est en liaison par interphone avec la halle des véhicules, dont il prépare simultanément le matériel. Après un passage au vestiaire, où il revet son matériel de corps, le pompier pénètre dans la grande halle où les véhicules attendent le départ.

Au retour de l’intervention, les appareils de protection respiratoire sont immédiatement contrôlés, lavés et séchés, dans un local attenant. Avant de rejoindre son véhicule privé, une halte à la cafétéria au second étage permet de décompresser autour d’un verre avant de retrouver l’état civil. Le réfectoire, lieu important de la vie associative des pompiers volontaires, reçoit un traitement particulier: sa grande baie horizontale a été dimensionnée afin d’offrir un cadrage panoramique sur les crêtes du Jura.

Le bâtiment comme équipement

L’activité des sapeurs-pompiers n’est pas séparable de son équipement technique. Peu de métiers supposent en effet une adéquation aussi intime avec l’appareillage, dont l’efficacité est décisive sur la performance et la prise de risque du groupe d’intervention. Les pompiers de Bernex-Confignon sont formés à l’emploi d’un appareil de protection respiratoire, qui permet d’inspirer un air frais et sain isolé de l’air extérieur vicié, tout en assurant une protection oculaire. Composé d’un masque à haute protection thermique et de cylindres d’air comprimé, cet équipement forme l’extension technique du pompier, nécessaire à son intervention dans des milieux hostiles. 

À l’image de cet équipement, la caserne forme l’environnement technique du sapeur-pompier, qui conditionne intimement son activité et ses gestes. C’est dans cet esprit, et avec un grand souci de fonctionnalité, qu’a été conçue la halle de Bernex: l’emploi des matériaux évite tout recouvrement superflu, les dalles sont simplement polies en surface, les installations visibles dans chaque pièces. Contrairement à d’autres réalisations [Mehrzweckgebäude, Gland, Werk 11/2012], bunq architectes ne privilégient pas dans ce projet l’expression de la structure. Au contraire, celle-ci disparaît derrière un revêtement en panneaux Duripanel, qui confère une sobriété lumineuse aux espaces. Seules les grandes poutres en treillis se devinent derrière un écran translucide de polycarbonate. Ainsi enveloppée, les bandes dégagent des espaces neutres, l’architecture se retire et laisse place à la présence dynamique des véhicules, appareils et équipements des soixante pompiers volontaires qui activent cette machine.

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