Kunik de Morsier, Lausanne

Vivre dans l’hypertexte

Touche-à-tout engagés, Valentin Kunik et Guillaume de Morsier (*1983 les deux) revendiquent une approche architecturale critique et conceptuelle. Leurs projets se déclinent comme autant de manifestes qui dépassent le cadre de l’architecture. Volontiers idéalistes, ils s’attèlent à développer leurs projets comme des performances intellectuelles dont le résultat esthétique aspire à l’informel.

Quelle est votre origine ?

Nous avons les deux commencés nos études à l’EPFL. Le contexte polytechnique nous a toujours énormément plu. Il nous était facile de rencontrer des gens d’autres domaines et de trouver, en dehors des sentiers battus, des éléments de réponse à nos questions architecturales. C’était là une opportunité pour assouvir notre curiosité! Quand nous avons fondé le bureau, cette curiosité était toujours vive. Nous avons beaucoup voyagé, rencontré des gens hors des champs propres à l’architecture et entamé plusieurs travaux de recherche. Nous sommes notamment partis en Algérie discuter avec des spécialistes du logement social et les acteurs du développement urbain de masse nord-africain, au Kosovo pour étudier l’étalement urbain informel ou encore en Egypte pour discuter de l’incidence du climat sur la forme de la ville. Les intérêts du bureau se sont alors cristallisés autour de thèmes qui ne sont pas des phénomènes architecturaux au premier abord. Au fil des ans, des thèmes aussi différents que les sciences naturelles, le vivant, la climatologie sont alors devenus des apports constants à notre manière de parler d’espace, d’architecture et de construction.

Qu’est-ce qui compte pour vous dans la pensée et dans la conception ?

Les notions d’usage et la manière d’habiter un espace, le contexte, la géographie, l’urbain et la communauté, les sciences naturelles ou encore la thermique sont pour nous essentielles. Nous nous sentons très proche de pensées très différentes comme la micro échelle de Hertzberger, la pensée structurante de Alexander, l’urbanisme évolutif de Viganó, la résonnance politique de l’espace de Lefebvre, la méthode du botaniste Pédanius Dioscoride ou encore les recherches du naturaliste explorateur von Humboldt. A ces références, nous devons ajouter ce qui est propre à notre époque. Nous vivons dans l’hypertexte, avec Google et Wikipédia. Internet est une source intarissable d’information de qualité : nous suivons des MOOC au MIT, les tweets de Oxford et participons à plusieurs projets d’open science. Tout cela renforce notre architecture.

Et comment ces aspects s’expriment-ils concrètement dans un projet bâti que vous choisissez librement ?

La maison de la Vallée de Joux est justement au croisement de préoccupations importantes: l’usage et la géographie. Le projet s’est développé en discussion continue avec le maître d’ouvrage autour de sa manière de vivre. Leur modèle familial singulier nous a emmenés hors des clichés habituels de la villa familiale type. Pour nous cette maison devait également être un élément de la géographie du lieu, en suivre la forme et les matières. Nous avons donc réalisé un lieu qui n’est pas seulement une maison. Il devient également un lieu géographique de la Vallée de Joux propre à la famille et en lien avec un réseau d’autres spatialités fortes. Un point où il fait chaud et où l’on se retrouve ensemble, mais aussi un point de référence parmi d’autres que sont le sommet de la dent de Vaulion, les pistes de ski de fond, la crêperie, les berges du lac …

Cabane R., L’Abbaye

Kunik de Morsier architectes, Lausanne

www.kunikdemorsier.ch

Cabane R., L’Abbaye

Route du Mollendruz 5, 1342 L’Abbaye; Maître d’ouvrage: Privé; Architectes: Kunik de Morsier architectes; Coût total (TVA comprise): CHF 850'000.–; Surface de périmètre: Terrain 1300 m2, SBP 165 m2; Chronologie: Septembre 2013 début des études, mai 2014 début des travaux, novembre 2014 achèvement; Photos: Eik Frenzel, Lausanne