Genève: Densifier consciemment

Plan Directeur Cantonal 2030

Yves Dreier

Envie, c’est le titre de la brochure d’accompagnement du Plan Directeur cantonal 2030 (PDCn) qui a été rédigée à l’attention de la population genevoise. L’envie est plurielle; elle est engagée et sociale, mais aussi urbaine et soucieuse des espaces naturels, ou encore innovante et pensée dans la continuité des acquis des planifications antérieures.

Dans un territoire réputé pour son exiguïté, sa forte densité, sa pénurie de logement, ses faibles réserves en zone à bâtir et la lourdeur de ses pratiques administratives, les objectifs fixés par le PDCn s’apparentent à une vraie gageure. Il s’agit en effet d’accueillir 100’000 nouveaux habitants pour répondre à une croissance démographique de plus de 1% par an et combler le retard de développement actuel qui pourrait à terme entraver l’attractivité de la région. Cela correspond à la construction de 50'000 nouveaux logements d’ici 2030, soit plus de 2’500 par année, dont 20% d’appartements locatifs d’utilité publique. De plus dans les centres urbains la construction de chaque nouveau logement devrait correspondre à un nouvel emploi.

Les principes et les outils de planification du nouveau PDC sont multiples et ambitieux. Ils se basent sur la vision métropolitaine du projet d’agglomération du Grand Genève qui s’étend au delà des frontières cantonales. Ils révèlent l’esprit de croissance qui anime la région et renforcent les polarités régionales et locales le long des axes viaires et des réseaux de transports publics, en particulier à proximité des nouvelles gares du CEVA. Le PDNn propose une application simultanée des principes de renouvellement urbain et d’extension-densification-requalification. Ces principes d’urbanisation s’appliquent donc aussi bien au tissu urbain comme par exemple dans le périmètre du [pôle de développement] PAV (Praille Acacias Vernets) qu’au bâti des centres périurbains et des zones à construire dévolus aux grands projets. La création d’un tissu bâti dense et continu permet de contenir l’urbanisation dans un modèle de ville en étoile qui garantit des liens de proximité privilégiés entre zones bâties, pénétrantes vertes et surfaces agricoles.

Dans un contexte cantonal qui ne laisse que peu de marges décisionnelles aux communes, le contrôle du tissu bâti s’exprime par des minimas de densités différenciés selon les zones de développement : 2,5 en zone 2 (gabarit max. 24 m) ; 1,8 en zone 3 (gabarit max. 21 m); 1 en zone 4A (gabarit max. 15 m) ; 0,8 en zone 4B (gabarit max. 10 m). Ces possibilités de densification sont soumises à des conditions strictes comme l’organisation de concours d’architecture, la création de plans directeurs de quartier qui gèrent la mixité sectorielle (logements, commerces et bureaux) et les activités de plain-pied, la qualité de la gestion des espaces publics et la mise en réseau des espaces verts. A ces mesures s’ajoute un système d’encouragement pourvu de fonds d’investissements cantonaux et communaux pour acquérir des terrains à bâtir et construire des logements locatifs d’utilité publique avec une priorité donnée aux investisseurs sans but lucratif (fondations communales et coopératives). Les zones dédiées à l’artisanat et l’industrie jouissent de la même attention que le logement. Elles sont densifiées et requalifiées pour tendre vers une mixité de leurs affectations en encourageant l’ajout de services tertiaires et la construction d’habitation. Il appartient désormais aux investisseurs et aux planificateurs de trouver des formes urbaines qui privilégient la mixité fonctionnelle et sociale. L’enjeu est ici de développer l’agrégation des usagers dans un esprit de cohabitation propice au vivre ensemble qui caractérise les villes.

En guise de conclusion, il semble important de relever que la situation genevoise s’avère en de nombreux points similaires à la planification et aux développements urbains zurichois dans les années 1990-2010. Ce regard comparatif est flatteur et laisse augurer de vastes débats sur la question du bâti en hauteur, de la densification de la zone villa, de l’application de la LAT concernant les zones à bâtir, de la limitation de la taille des logements et de la réforme de la fiscalité et de la péréquation communale.

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