Le Zoo la Garenne

loïse Gailing

Le Zoo la Garenne a inauguré cette année un nouveau parc entre village et forêt, dont les parcours sinueux et l’utilisation de matériaux naturels tendent à réduire l’artificialité du lieu. C’est dans ce décor que Localarchitecture a été invité à concevoir ce pavillon d’accueil, durable et symbolique.
D’abord griffonnée et modelée par le dessin des courbes de niveaux du site, la définition de l’emprise du bâtiment peut paraître superficielle puisque basée sur une représentation du terrain, mais elle est adaptée ici à l’artificialité du zoo, dont la topographie est entièrement scénographiée. Ainsi, la courbe de la façade avant s’insère dans les barrières du site et dégage une place d’accueil tandis que celle de l’arrière répond au remblais pour créer une antichambre au parcours. De même, depuis le promontoire situé derrière, la toiture s’abaisse pour accompagner le regard du visiteur sur le Mont-Blanc. Il ne s’agit pas d’insérer le bâtiment dans un site mais plutôt de participer à une mise en scène du paysage et de l’environnement.
Ce rapport ambivalent à la nature se retrouve dans le projet qui affiche une simplicité modeste à l’opposé de sa conception.

Un travail d’horlogerie pour charpentiers

En effet, pour concrétiser ces courbes en plan et en coupe, l’objet a été entièrement modélisé numériquement, jusqu’au plus petit assemblage, avant d’être envoyé en préfabrication. Outre la facilitation du dessin, ce choix d’outil de conception a permis de rationnaliser une forme complexe et d’optimiser sa réalisation dans les délais, les coûts et la vertu des matériaux (97% de bois suisse).
La structure de toiture est formée par des poutres en bois lamellé-collé (BLC) de longueurs variables, assemblées en triangles à base régulière afin d’obtenir un module de façade répété, lui aussi en triangle. A la rencontre des deux systèmes, six têtes de poutres forment un nœud à géométrie complexe, façonné en atelier et qui reste invisible. Ce sont ici les lignes directrices de la charpente qui sont mises en valeur et imposent leur dynamique à l’ensemble. Leur lecture est renforcée par le traitement des matériaux, qui différencie nettement structure et habillage.
De même le choix de vitrages autoportants renforce ce dessin par l’absence de cadres, qui, malgré un reflet très présent du paysage défragmenté, exprime pleinement la notion de vide. Et si l’alternance de verre et bois semble dominée par ce dernier, il s’agit pourtant du même module, qui se retourne dans une symétrie rigoureuse. Ici encore, la conception numérique et la préfabrication ont permis une telle précision que les vitrages ont été commandés sur plan, avec une tolérance de seulement 2 mm et une économie dans la découpe.
C’est alors que se rencontrent technologie et artisanat. Car une fois la structure et les modules préfabriqués assemblés, tous les habillages et remplissages ont été réalisés sur le chantier. On a ainsi une parfaite continuité entre les lames de bardage et celles du berceau, mais aussi une régularité totale dans les joints de ferblanterie, ainsi que dans le calepinage des faux plafonds, centrés à la bissectrice de chaque triangle. Le dialogue entre architectes et artisans, établi en amont de la fabrication, semble s’être poursuivi dans la mise en œuvre sous l’égide de la règle géométrique. 

Plus qu’une façade, il s’agit d’un abri.

Malgré cette sophistication de conception et de mise en œuvre, le pavillon conserve une réelle simplicité de fonctionnement et un langage presque ludique, en adéquation avec le programme éducatif et de loisirs auquel il se rattache. A l’image d’une toile de tente qui aurait été tendue provisoirement pour abriter des fonctions annexes, il repose délicatement sur les pointes de ses panneaux de façade.
Le rapport au sol, qui s’effectue par une pièce métallique en T accueillant la pointe du triangle, maintient l’ensemble à une infime distance du sol minéral, lui conférant une impression de lévitation. Là encore, le choix d’une chape poncée et d’un faux plafond en bois accentue l’effet architectural et le visiteur a bien l’impression d’être sous un abri plutôt qu’à l’intérieur d’un bâtiment.
D’ailleurs, l’entrée n’est pas marquée. Il s’agit d’une arcade non vitrée à l’intersection de trois fonctions ; un peu comme si quelqu’un avait écarté le tissu pour laisser passer les visiteurs. Pourtant, la trame est ici rompue pour le programme. Un resserrement, utilisé pour le contrôle des entrées, trouble soudainement la lecture de l’assemblage géométrique qui paraît ailleurs si simple.
De même les extrémités du bâtiment semblent générées par les contraintes d’usage : la façade Nord, aveugle et occupée par une volière, est quasiment inexistante ; au sud, celle de la cafétéria peine à choisir entre intérieur et extérieur.
On atteint alors les limites de l’architecture de trame. Bien que déformé, c’est un module transversal répété qui constitue le bâtiment. Et l’arrêt de cette répétition reste une question non résolue.
Néanmoins, la force des façades principales suffit à faire oublier ces extrémités et l’adéquation totale entre la structure, l’espace et les matériaux confère à ce pavillon une simplicité élaborée. Loin de l’hystérie formelle que peut provoquer la conception 3D chez certains architectes, Localarchitecture nous montre ici comment technologie, géométrie classique et savoir-faire artisanal peuvent coexister intelligemment.

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