Same, same but different

Julien Grisel

D’abord il y a le parc Geisendorf, ancien domaine devenu jardin public, au cœur du quartier des Charmilles. Des grands arbres, des jeux pour enfants et les gens du quartier qui profitent des premiers jours du printemps.

Puis il y a l’école qui s’y décline en plusieurs pavillons abritant les classes secondaires, les petites classes, les salles de gymnastiques et le centre pédagogique. Réalisés entre 1953 et 1969 par les architectes Georges Brera et Paul Waltenspühl, ils forment un ensemble magnifiant le parc. A la fois aériens, sur des structures en acier aux remplissages de briques de terre cuite rouge, ils laissent le terrain glisser sous eux. Mais aussi ancrés au sol par des murs pignons en pierre, reliés par de bas couverts de bois, ils composent ensemble les sous espaces du parc, définissant la forme d’une cour, s’adaptant aux rondeurs d’un bosquet. On retrouve dans ces bâtiments les géométries, la composition « naturelle » de Aalto, jouant des rapports des toitures, des perspectives, et des matériaux laissés bruts.

Réalisé entre 2017 et 2019 à la place d’une ancienne villa, un sixième pavillon accueille les activités parascolaires.  Il a été conçu par l’architecte David Reffo à la suite d’un concours dont il a été le lauréat en 2012. Sa forme est issue de son plan tournant axé autour d’un hall central distribuant les pièces. Elle est définie également par des alignement géométriques répondant aux pavillons qui l’entourent.  Le nouveau bâtiment réussit ainsi à assumer sa position stratégique d’articulation et d’agrégation. Il referme la cour scolaire composée par les deux pavillons des classes et les salles de gymnastiques au nord-est. Il définit avec le pignon de l’école et le centre pédagogique un espace d’entrée limité à l’ouest par un immeuble de logements. Implantation et forme poursuivent le jeu du parc habité, jouant sur l’analogie et le contraste de l’existant.

Ainsi tout en reprenant les codes des façades des anciens bâtiments de l’école, faits de structure filigrane, de remplissages maçonnés, et de grandes fenêtres aux larges cadres en bois, le nouveau pavillon inverse les matérialités. Il présente une façade dont les éléments en mélèze grisé alternent des tympans opaques et des baies verticales en menuiserie métallique peinte en gris clair. Des toitures, il ne conserve que la bande d’acrotère en aluminium brut et la forme d’un lanterneau amenant à l’étage la lumière en double hauteur du hall central. Une analogie au patio que l’on trouve au cœur de l’école secondaire. Mais ce qui en fait sans doute sa particularité la plus forte, ce sont les quatre murs porteurs disposés « en étoile » au cœur du bâtiment. Maçonnés en blocs de terre crue fabriqués avec la terre d’excavation, ils forment, avec des pièces de frêne, la structure porteuse verticale supportant les dalles en bois-béton sur rez et la toiture en bois.

Ce bâtiment est un prototype visant à retrouver la construction archaïque de la terre compressée. L’entreprise Terrabloc, qui développe depuis une dizaine d’année différents éléments de construction modulaires en terre crue, a relevé ici le défi de produire des briques pour des murs porteurs. 170 m3 de terre d’excavation contenant de l’argile caillouteuse ont été prélevés, broyés et tamisés. De l’eau et 5% de ciment ont été ajoutés pour former 22'000 plots d’un module de 30x14x9 cm. Mais le défi de la fabrication des plots n’a de loin pas été le seul qu’il a fallu relever pour réaliser ce projet. Le fluage de la terre crue étant très important dans les premiers temps de sa mise en œuvre, il a dû être considéré avec une attention particulière puisqu’il concerne la structure principale de l’édifice. Avec l’aide de l’ingénieur Peter Braun (normal office), spécialiste des murs inhomogènes, l’architecte a développé une mise en œuvre particulière de manière à ce que les murs ne supportent que des forces verticales. En références aux murs de terre cuites des bâtiments existants, les plots sont appareillés « à l’anglaise ». Des filières horizontales en frêne placées à l’arasée des murs répartissent de manière uniforme la charge des solives des planchers en bois. Des poteaux réalisés dans la même essence sont intégrés dans les murs. Ils sont munis de cales pour reprendre les tassements différentiels qui apparaissent après la mise en charge des murs.

Cette matérialité caractérise les espaces de distribution. Du hall central, on accède aux grandes salles du restaurant scolaire au rez et aux salles pour les activités parascolaires à l’étage. (En dehors des heures scolaires, ces lieux sont investis par des sociétés locales ou d’autres activités liées au quartier.) Les murs porteurs sont doublés de rangements ou de locaux techniques, composant, dans les pièces, une façade en panneaux de sapin peint en gris. Les plafonds, à l’instar de ceux des pavillons historiques, sont faits de petites lamelles en bois.

Depuis chaque pièce, on perçoit par fragments les bâtiments de Brera-Waltenspühl, des arbres, des morceaux du parc. Objets du désir et références que l’architecte transmet au visiteur. Le bâtiment complète ainsi le site tout en le révélant.

Le nouveau pavillon du parc Geisendorf fait l’éloge de ses ainés, avec subtilité et sans les copier littéralement. Il distille le même intérêt pour les matériaux et leur manière de caractériser des espaces. Il se distingue par son rapport au sol, par sa forme prismatique et peut-être par une abstraction un peu trop forte. Il dit aussi son amour du parc qu’il fait entrer dans les pièces par toutes les fenêtres et de la terre dont il est bâti.    

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