Ensemble Spinoza

1966 – 73

Julia Tournaire

Renée Gailhoustet
Avenue Spinoza, Ivry
80 logements duplex en location HLM
Maître d’ouvrage : OPHLM
Ateliers d’artistes, parking en sous-sol, foyer de jeunes travailleurs, crèche sur le toit-terrasse, centre de santé en rez-de-chaussée

Le long de la rue Spinoza, à quelques pas du centre ville d’Ivry-sur-Seine, trois barres en béton brut, formant un vaste « T » et reliées par le noyau des circulations verticales, s’élèvent majestueusement au-dessus d’un large portique public. Initiant les promenées piétonnes caractéristiques de la rénovation du centre ville dirigée par Renée Gailhoustet et Jean Renaudie, cette galerie monumentale et sculpturale formée de courbes et de contre courbes double d’un côté la rue et aménage de l’autre un chemin au travers d’un jardin positionné en continuité du Parc Maurice Thorez. Elle abritait à l’origine plusieurs équipements publics - centre de médecine psycho-pédagogique, bibliothèque enfantine, ateliers collectifs de dessin, bureaux-ateliers - sans que ces volumes ne soient contraints dans l’emprise du bâtiment : ils s’en échappent pour s’étendre dans le jardin attenant selon un plan libre contrastant avec la structure parabolique des arcades. Lovée dans le haut des courbes de cette galerie, se déploie également une première coursive aux parois inclinées desservant le premier étage des logements en duplex. La deuxième coursive se situe trois étages plus haut et dessert trois niveaux de logements également en duplex et imbriqués les uns aux autres à l’image des typologies des Unités d’Habitation de Le Corbusier. Ici, les coursives sont toutefois disposées le long des façades - Nord-Est pour la première barre, Sud-Ouest pour la deuxième et Nord-Ouest pour la barre perpendiculaire aux deux autres – et sont donc éclairées naturellement. Une série d’hublots situés en partie inférieure permettent même aux enfants de regarder à l’extérieur et de surplomber la ville depuis ces rues intérieures. Les logements, du studio au T6, suivent encore une déclinaison typologique assez stricte au point que Renée Gailhoustet dira elle-même que « Spinoza reste dans la stricte orthodoxie corbuséenne de la typfication ». Leur volumétrie en duplex avec leur terrasse en continuité de la cuisine et du salon reste toutefois une belle innovation pour les années 70. Au dessus des logements, tout en haut d’une des trois ailes, une crèche de 60 berceaux profite de la toiture terrasse pour y installer son jardin et sa cour de jeux. Au dessus d’une des deux autres barres, un foyer de jeunes travailleurs s’élève sur trois niveaux supplémentaires. Comme pour révéler cette superposition inhabituelle de programmes et de double niveaux depuis l’extérieur, trois escaliers en colimaçon métalliques se détachent des volumes en béton et s’élèvent du sol. Conçus comme des éléments techniques desservant les coursives, leur couleur bleue signe toutefois cette machine à habiter, comme le font également les portiques ou les menuiseries jaunes des fenêtres des logements, et exprime toute l’inventivité d’une architecte qui savait donner délicatement corps et espaces aux expérimentations de son temps.

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