Truwant + Rodet, Bâle

Le paysage comme point de départ

Truwant + Rodet est un bureau fondé en 2013 à Bâle par Charlotte Truwant et Dries Rodet, qui se consacrent au développement de projets d’architecture, d’urbanisme-paysagisme, de mobilier et de scénographie. En juin 2017, ils ont gagné les Swiss Art Awards avec leur installation «Pavilion» (cf. wbw 7/8–2017).

Quelle est votre origine ?

La production de notre bureau n’est pas ancrée dans une culture régionale spécifique. Elle reflète au contraire notre parcours. Nous avons étudié à Gand et à l’EPFL, et travaillé pour des bureaux d’architecture ou de paysagisme, à Lausanne, Rotterdam, Copenhague, Bruxelles, Balsthal pour finalement se poser à Bâle après une résidence au Japon. Cet héritage se traduit dans des formes qui absorbent cette diversité et dont la complexité nous intéresse particulièrement.
Nos collaborations sont elles aussi éclectiques et laissent une empreinte forte sur notre travail comme en témoignent les scénographies et les concours que nous avons réalisés avec l’artiste Fabian Marti donnant naissance à de nouvelles investigations.

Qu’est-ce qui compte pour vous dans la pensée et dans la conception ?

Nous projetons sans cynisme ni nostalgie, en faisant appel aux technologies à disposition tout en nous appuyant sur les logiques territoriales qui nous entourent. Ainsi même si les projets n’ont pas la prétention de pouvoir résoudre tous les problèmes auxquels ils sont confrontés, ils ne négligent pas l’influence qu’ils vont avoir sur leur contexte. Mais ce qui définit le contexte d’un projet n’est pas simplement la morphologie bâtie. Le paysage est très souvent un point de départ et le seuil un espace décisif où les limites peuvent s’estomper. C’est pour cette raison que nous pensons l’architecture au delà de la production d’objets autonomes, mais plutôt comme une idée abstraite qui se cristallise et raisonne avec son environnement. 

Et comment ces aspects s’expriment-ils concrètement dans un projet bâti que vous choisissez librement ?

Dans ce projet de rénovation à Malines (Mechelen), nous avons dans un premier temps questionné la qualité du tissu suburbain. Les règles d’implantation génèrent entre chaque construction des espaces résiduels inconstructibles et sans qualité, ainsi qu’une séparation forte entre la chaussée et le paysage qui subsiste comme espace négligé. La démarcation systématique du parcellaire par des plantations denses de type haies en limite de propriété, accentuent cette privatisation et fragmentation du territoire. Face à ce constat, la rénovation de cette maison unifamiliale était donc une opportunité pour tester la possibilité de renverser cette hiérarchie entre public et privé, infrastructure et paysage, intérieur et extérieur. Nous avons déplacé le foyer de la maison sur la périphérie afin d’absorber le jardin à l’intérieur. Grace à l’emploi de colonnes monumentales qui définissent de nouvelles centralités nous avons réarticulé les espaces du rez-de-chaussée qui devient donc un espace plus publique et organique. Les différentes pièces sont décloisonnées mais elles gardent quand même une trace de la typologie originale dans la structure au plafond. Cette ambiguïté nous intéresse, elle permet d’estomper la limite entre l’existant et la rénovation. L’escalier sculptural qui se retourne permet une déconnection entre le rdc et le premier étage plus introverti. Celui-ci est organisé autour d’une galerie qui distribue symétriquement les chambres. D’un point de vue volumétrique, l’extension vient se fondre avec l’existant et n’est pas forcément lisible comme tel. La chambre principale y est installée sous un toit dont la géométrie variable définit plusieurs spatialités. A ce jour le chantier n’est toujours pas terminé, car le client rénove lui même la maison à son rhythme.

Maison à Malines, Belgique

Truwant + Rodet, Bâle

www. charlottetruwant.com www.driesrodet.com

Malines, Belgique; maître d’ouvrage: privé; études 2016, chantier débuté en 2017; photos: Truwant + Rodet

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